Chut, vous perturbez l’écosystème!


« La pollution sonore est souvent perçue comme un problème inhérent aux villes. Or, l’expansion de l’urbanisation, des réseaux de transports et des activités humaines dans les zones rurales change la donne. Le bruit affecte également les espaces protégés, qui sont un instrument important de conservation de la biodiversité, et qui procurent des bénéfices aux humains », Rachel Buxton, biologiste de la conservation à l’université du Colorado et principale auteure de l’étude.

Si les effets des nuisances sonores de l’homme sur les espèces marines sont bien documentés, une équipe de chercheurs américains vient de mettre en lumière l’effet en cascade que le bruit de l’homme engendre sur les aires protégées des Etats Unis.

Une étude à grande échelle

Après l’analyse de près d’1,5 millions d’heures d’enregistrement acoustiques réalisés dans 492 sites, les chercheurs ont élaborés une carte du bruit dans les territoires naturels américains. Les résultats de cette étude, publiée dans la revue Science, montre que la pollution sonore liée aux humains double le bruit de fond de 63% des aires protégées et le multiplie par dix dans 21 % de ces zones. Ces nuisances réduisent de 50% à 90% les endroits où les sons naturels peuvent être entendus. Ajouter à cela que 14% des territoires qui abritent des espèces menacées voient leur bruit multiplié par dix.

Selon les chercheurs, cette pollution sonore a plusieurs origines: les transports (voitures, trains, avions), les zones résidentielles, les chantiers de construction et les activités d’extraction (bois, minerais, pétrole et gaz).

Des effets sur la faune et la flore

Les conséquences du bruit sur la santé de l’homme sont connues de longue date. Il génère du stress, des troubles du sommeil et de la concentration, et peut même engendrer des risques cardio-vasculaires.

Le monde animal n’est pas épargné par cette pollution qui porte atteinte à leur communication, la sécurité de leur mobilité, leur vie sociale et leur reproduction. Les forêts voient ainsi leur diversité naturelle affectée par ce bruit, certains oiseaux pollinisateurs les désertent, causant des répercutions sur la flore. Une étude sur les mésanges des villes a démontré que celles-ci ont modifié leur chant, en augmentant sa hauteur, afin de dépasser le bruit des activités humaines. Les tourterelles quittent les lisières des bois à proximité des autoroutes, ne pouvant modifier les basses fréquences de leur répertoire. Les espèces marines sont quant à elles perturbées par les sonars des bateaux et les bruits des installations pétrolières.

Quelles solutions?

L’intérêt de cette nouvelle étude est d’avoir dévoilé l’étendue d’une pollution que l’on croyait limitées aux grands centres urbains. Si certaines zones naturelles américaines ont déjà mis en place des navettes pour limiter le traffic routier, il est urgent de mettre en place une législation pour contrer ces nuisances sonores.

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Source : Noise pollution is pervasive in U.S. protected areas, Science mag, n°6337, p. 531, Mai 2017

 

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